Les dimanches du conte

Billetterie

EDITO

Cœurs battants

Guerres, génocides, famines, fascismes. Les discours de haine se propagent comme une traînée de poudre. Ils s’infiltrent dans les espaces publics, s’invitent sur les plateaux de télévision, contaminent les conversations les plus anodines. Le mépris de l’autre s’affiche désormais sans détour. Les inégalités continuent de se creuser. Et la nature brûle. Face à ce déferlement, il faut être obstiné·e pour continuer à s’émerveiller devant un gazouillis ou l’apparition d’un bourdon au printemps. Nous avons parfois la sensation amère d’avancer les yeux grands ouverts vers le précipice. Alors où puiser la force de résister ? Quelle riposte inventer ?


Pour cette saison, les Dimanches du Conte ont choisi d’emprunter les chemins de traverse.
Puisqu’ils nourrissent le désespoir, nous cultiverons la joie.
Puisqu’ils cherchent à nous diviser, nous partirons en quête du lien.
Puisqu’ils imposent des récits de domination, nous raconterons d’autres manières d’habiter le monde.
Puisqu’ils ne tracent qu’un seul chemin, nous irons à contre-courant. Puisqu’ils propagent la peur, nous sèmerons l’amour. Cette saison sera fleur bleue. Délibérément. Sans ironie. Sans pudeur.

Notre fil d’Ariane sera l’amour. Un amour qui protège, qui relie, qui refuse l’indifférence. Un fil que nous tiendrons ensemble pour trouver notre chemin à travers le labyrinthe. Nous irons puiser dans les récits anciens la force de tenir debout. Nous ferons entendre l’histoire merveilleuse d’un peuple dont les chants débordent des frontières. Nous chercherons des compagnons de route, des éclats de beauté, des façons d’accueillir nos ombres sans nous y abandonner.

Une traversée. La promesse de passer la journée ensemble. Nous raconterons les luttes de celles et ceux qui nous ont précédés afin de ne pas oublier les chemins qu’ils ont ouverts avant nous. Elles ont raconté des nuits entières, ont utilisé l’humour pour déjouer l’horreur de la déportation, parcouru des kilomètres pour défendre des corps en devenir. Nous revendiquerons notre droit d’aimer, de jouir et d’exister à travers nos corps, quels qu’ils soient. Quitte à commettre des attentats à la pudibonderie ! Nous imaginerons d’autres manières de faire famille, d’autres formes d’amour, d’autres façons d’être ensemble. Nous célébrerons la liberté d’être soi, le consentement, la diversité des voix et la beauté des liens choisis.

Nos armes seront nos cœurs battants. Et c’est peut-être avec eux, battant à l’unisson, que nous retrouverons le chemin vers ce qui nous rend profondément humains.


Ummée Shah